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 Something Drove You Down - (LIBRE)

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Noa Lefebvre
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Date d'inscription : 28/03/2012

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Ven 21 Juin - 12:15



Les feuilles blanches tatouées de lignes violacées virevoltent dans les couloirs, se contorsionnent en avions simplistes pour filer au gré du vent et se décomposent en confettis qui glissent sur toi en une pluie de pétales rêches. Certains se précipitent vers la sortie, se ruent vers la lumière d’un soleil brûlant qui ruinera leurs peaux et abîmera leurs rétines. Mais ils n’en ont que faire. Ils jettent leurs livres barbouillées de Stabylo et de crayon Bic rouge, ils poussent des cris de délivrance et passent la porte de Clever Cross comme  on passerait le portail d’une prison. Ce sont les cancres heureux de retourner à leurs vies oisives, tu penses. Et puis tu te rappelles qu’il n’y a pas que les études, l’histoire et l’espionnage, dans la vie. Tu lèves les yeux, et parmi les larges paillettes de papiers qui n’en finissent jamais de tomber, tu distingues la pointe d’une montagne Alpine, tendre hallucination qui te serre le cœur. Ta mère, ton père, et ta jeune sœur attendent impatiemment ton retour, pour que tu leur contes tes aventures avec des filles au poids plume, et des garçons, sculpteurs de dragons de glace. Ils te dévoreront des yeux, et ces derniers seront remplis d’étoiles ; ils te poseront des baisers sur le front avant que tu ne partes te coucher ; oui, ils t’aimeront, tout simplement. Soupir rêveur. Soupir de soulagement. Tu n’es pas seul, finalement. Un court instant d’égarement, et déjà le couloir s’est vidé, te laissant seul dans un silence dérangé par le froissement perpétuel des pages arrachées les unes contre les autres et les lentes chutes des confettis retardataires.

Les casiers reluisants reflètent la lumière et t’aveuglent gentiment, juste de quoi vouloir te dire : « Eh, toi ! Qu’est-ce que tu fais encore là ? ». C’est vrai, ça. Qu’est-ce que tu attends ? Pourquoi tu campes dans Clever Cross alors que la sonnerie des vacances a depuis longtemps retenti ? Pourquoi n’y a-t-il personne à tes côtés pour te prendre par l’épaule et courir avec toi en s’extasiant d’une liberté retrouvée ? Pourquoi ne te réjouis-tu pas ?
Pourquoi es-tu toujours aussi impassible, aussi blanc, aussi rien ? Comme si finalement, c’était ta place, ici, au milieu des copeaux blanchâtres et vides de vie ; tu es parmi les tiens. Cet étrange sentiment, ce mal de ventre : tu veux rentrer à la maison, mais tes pieds, tes pieds ne se décollent pas du sol. Comme plantés, bien au fond d’une plaque de ciment à prise rapide, très rapide. Tes mains livides tremblent sur la lanière de ton sac ; tu la serres plus fort : même s’il n’y a personne, ta dignité tu la conserves même en tête à tête avec toi-même.
Et toi, Noa Lefevbre, tu n’es pas du genre à fléchir pour une question de mélancolie.
Tu n’es pas du genre à fléchir tout court.
Voilà ce que tu t’acharnes à te répéter en boucle, tandis que petit à petit tes genoux faiblissent, ta bauge s’alourdit effroyablement et quelques larmes paradent sur le bord de tes yeux. Le vent répond doucement à tes sanglots étouffés, faisant remuer sous tes pieds la moquette de papiers dans un terrible vacarme de froissements. Accroupi, frissonnant, tu laisses échapper quelques malheureuses larmes qui partent avec hâte s’écraser en disques sombres auprès des semelles de tes chaussures. Les confettis ondulent immédiatement, gonflés par l’eau de ta nostalgie ; il en faudra un peu plus aux copies doubles pour plier : seules les lignes seront défigurées en auréoles azurées. Tu écrases tes paumes moites sur tes paupières, étouffes les pleurs qui oseraient encore se balader sur tes joues et imprimes d’imposantes marques rougeâtres sur ta peau livide. Et voilà qu’elle te brûle, qu’elle te pique déjà : tu n’en peux plus de cet albinisme.

Pour la première fois de ta vie, tu en as marre d’être différent. C’est ton baptême de l’envie du normal. Envie d’être châtain foncé. Envie d’être nul en maths. Envie d’avoir une bande de copains idiots. Envie d’avoir les yeux marron. Envie de voir ta famille tous les jours. Envie de n’être rien de spécial. Envie de parler tout ton soûl. Et ça, sans que personne ne se mette à ronfler, la seconde d’après. Tu te sens enfermé dans ce corps où les mots tambourinent contre ton palais mais ne sortent jamais de ta bouche. Et pourtant, malgré tout, tu aimes cette école ; elle a cette qualité réconfortante de te rappeler que tu n’es pas seul.
Ou bien que vous êtes seuls à plusieurs.





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